Sécurité routière : les accidents causés par des tricycles de plus en plus récurrents

Par Marie GOMEZ

Les tricycles, un nouveau moyen de transport, ont envahi les villes togolaises depuis quelques années. Ils pallient les difficultés de transport de marchandises et des personnes en zone urbaine comme rurale. Cependant ce moyen de transport est souvent impliqué dans les accidents et par conséquent pose d’énormes problèmes de sécurité routière. Sans les statistiques il est difficile de quantifier ces accidents. Par conséquence, les autorités doivent prendre à bras le corps ce problème pour une meilleure utilisation de ces engins.

Les accidents dont sont auteurs les tricycles deviennent plus en plus récurrents. Cette situation inquiète la population et les différents acteurs de transports. Malgré ce constat, le bilan sécuritaire du deuxième semestre 2021 présenté par le ministère de la Sécurité et de la Protection civile (MSPC) ne mentionne pas de chiffres relatifs aux accidents causés par les tricycles.

Qu’est-ce qu’un tricycle ?

Le tricycle est un cyclomoteur équipé de trois roues, deux parallèles à l’arrière et une à l’avant. Certains possèdent un guidon, d’autres un volant qui aide à diriger l’engin. Il est venu agrandir la gamme des moyens de transport au Togo. Il existe au moins trois catégories de tricycles. Les ‘‘rickshaws’’ qui sont plus utilisés en Inde. Ils sont exclusivement destinés au transport des personnes. La deuxième catégorie dotée de volant, les « wow’’, très bruyants, sert beaucoup plus au ramassage des ordures ménagères, du sable, du gravier et dans une moindre mesure au transport de marchandises. La dernière catégorie est le prototype même du tricycle. Il a un guidon et est par principe conçus pour le transport des marchandises.

Au Togo, ces tricycles servent dans le transport de marchandises et de passagers. Ils desservent les zones reculées, les banlieues de la capitale et même la capitale. Ce nouveau moyen de transport supplée efficacement et même remplace les taxis bagages autrefois rois du transport de marchandises.

La non maitrise des tricycles par les utilisateurs

Le directeur de la sécurité routière, le commissaire de police, Kossi Ahlonko Sodji, relève que : « beaucoup de conducteurs de tricycles n’ont pas la maitrise de ce type d’engin. C’est un engin intermédiaire entre la moto et la voiture qui possède une puissance dépassant largement celle des motos ordinaires ».

Le commissaire soutient que ces conducteurs n’ont reçu aucune formation spécifique. Ils ont quitté les engins à deux roues ordinaires pour les tricycles qui ont un gabarit et une puissance plus grands. C’est ce qui justifie la plupart des accidents qu’ils occasionnent.

M.Sodji explique que les conducteurs de tricycle font de la vitesse en circulation juste pour concurrencer les motos et les voitures. Il a précisé que des tricycles pour passagers qui ont une petite toiture sont souvent exposés au vent et lorsque ces engins font de la vitesse sur une route qui a une grande emprise comme le Grand Contournement de Lomé, ils chutent facilement sous l’effet du vent. C’est ce qui est, selon lui, la source de la fréquence élevée des accidents occasionnés par les tricycles.

Appréciation de la population 

Selon dame Ayélé, citoyenne habitant à Agoè, une banlieue de la Lomé où abonde ces engins à trois roues, le tricycle est un moyen de transport agréable à prendre. « J’ai toujours eu de mauvaises impressions sur les tricycles jusqu’au jour où je suis monté à bord. Le siège malgré sa petitesse est rembourré, au cours du trajet ; j’ai savouré l’air ambiant, je préfère ce moyen de transport aux autres ».

Cette impression n’est pas tout à fait partagée par dame Fridows. Pour elle, « les tricycles donnent le vertige aux passagers, ils sont instables. Quand on est à bord, on a l’impression qu’il va se renverser. Je préfère l’utiliser pour le transport des marchandises car il est moins cher mais je ne monterai plus jamais à bord » s’est-elle exclamée.

Pour la majorité de la population, les tricycles sont d’une très grande utilité en termes de transport de marchandises parce qu’ils sont moins chers, mais très dangereux pour la circulation en milieu urbain et surtout comme moyen de transport de personnes, parce qu’ils sont souvent impliqués dans les accidents de la voie publique.

Mésaventures de Martin et d’Agbégno

Martin 30 ans, veuf et père de trois enfants, raconte : « C’était un samedi en revenant de mon village Afagnan en direction de Lomé, je transportais sur ma moto les vivres que nous avons pris au village et j’ai sollicité une autre moto pour transporter ma femme et ma fille en vue de les mettre à l’aise. Je roulais paisiblement derrière elles quand brusquement j’aperçois ma femme et son bébé renversés par terre par les planches que transportait un tricycle bagages. Ma femme était au sol ; en tombant, elle a cogné sa tête contre le goudron, j’ai immédiatement garé ma moto et je me suis précipité pour la relever mais hélas. Tout ensanglantée, ma petite fille aussi gisait au sol avec des blessures au bras et au ventre. C’était le pire jour de ma vie. Cela m’a tellement marqué que rien qu’en voyant les tricycles dans la circulation, je ressens de la rage »

M.Apédo Agbégno, ferrailleur à Agoè est aujourd’hui alité du fait d’un bruit assourdissant d’un tricycle. Il rentrait un soir à la maison sur sa moto ; surpris par un bruit assourdissant d’un tricycle qui roulait derrière, il a cogné son engin contre les bordures de la route et s’est fracturé le pied.

Rapport semestriel du MSPC

Malgré les nombreux accidents de circulation causés par les tricycles, les bilans sécuritaires semestriels présentés, le 13 janvier 2022, par le ministère de la sécurité et de la protection civile (MSPC) ne mentionne pas de chiffres. Ce rapport du deuxième semestre 2021 indique 334 morts. Selon la situation des morts par usagers de la route, 198 sont des motocyclistes, 72 piétons, 35 conducteurs de véhicules et 29 conducteurs de poids lourds. Pas chiffre pour les tricycles.

Conscient de la situation, le commissaire Sodji, a affirmé que des concertations sont en cours et une commission composée des acteurs impliqués dans cette problématique est créée afin que ce nouvel engin soit pris en compte à tous les niveaux. En attendant que des mesures plus appropriées soient prises, le commissaire de police souligne que les tricycles comme les motos et les voitures sont soumis à une réglementation qui existe déjà ; mais vu l’ampleur que connait le parc de ces tricycles dans notre pays ces derniers temps, le gouvernement a envisagé que leurs conducteurs soient titulaires d’un permis catégorie A.

« Le processus est enclenché. La formation des conducteurs de tricycle tout comme ceux des engins à deux roues se fait au niveau de la direction des transports routiers et ferroviaires. Désormais les conducteurs de ces engins doivent être détenteurs d’un permis. Au cours de cette formation ils auront beaucoup de connaissances sur les règles élémentaires de la circulation routière notamment le respect des feux de signalisation, les stationnements encombrants, et aussi les surcharges auxquelles ils s’adonnent régulièrement. » a signifié commissaire Sodji.

Concernant les aspects techniques, le directeur de la sécurité routière, souligne qu’il est formellement demandé à ces conducteurs d’équiper leurs engins de feux de gabarit car leur absence est source d’accidents surtout les nuits.

Le commissaire précise qu’au Togo, les tricycles sont classés dans deux catégories : ceux qui transportent les passagers et ceux qui transportent les bagages. Mais aujourd’hui on constate un transport mixte de ces tricycles. « Les tricycles bagages remorquent également des passagers tout comme les tricycles passagers qui prennent des bagages ou des gens en surnombre. C’est interdit et sanctionné par la loi » relève le directeur de la sécurité routière.

Des approches de solutions

 Pour venir à bout des torts causés par ce nouvel engin dans les rues, plusieurs mesures sont envisagées par des autorités compétentes et les syndicats de conducteurs de tricycle.

Le commissaire relève quelques manquements au niveau des engins et leurs conducteurs : « les conducteurs de tricycles se comportent comme des conducteurs de motos quand ça les arrange et comme ceux des voitures si ça les enchante. Ces tricycles font des marches arrière alors qu’ils ne sont pas équipés de rétroviseurs. Peu de conducteurs sont formés à leur utilisation ».

M.Tsigbé Yves, délégué des conducteurs de tricycle à Agoè-Logopé regrette que le fabriquant des tricycles n’ait pas prévu de rétroviseur. Selon lui, avant de se lancer dans la conduite du tricycle, il faut une formation du moins sur le tas ; « il se trouve que des collègues passent outre cette étape et deviennent ainsi des vecteurs de nombreux accident de la circulation». C’est pourquoi, Tsigbé s’est réjoui du fait que les autorités aient institué la formation et le permis de conduire pour des conducteurs de tricycle. En attendant les strictes mesures de détention obligatoire de permis de conduire, il a invité tous ses collègues à faire partir d’un syndicat de conducteurs de tricycles pour que le métier soit discipliné. « Je pense que pour que les accidents de la circulation causés par les tricycles cessent, il faut que ceux qui se permettent de conduire mal dans la circulation soient interpelés. Il faut aussi qu’une vérification soit faite sur leur appartenance au syndicat afin qu’il soit mis en garde » a conclu M. Tsigbé.

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