Mémorandum économique du Togo 2021 : le Togo en marche vers sa croissance durable et inclusive

                                                                                                                                                                                                 Par AMEKOUVO S. Akouétey

 Avec un taux de croissance de 5,3% en 2021, le Togo a enregistré des progrès sur les cinq dernières années dans les secteurs socio-économiques. S’il est évident de reconnaitre des progrès sensibles, il faut toutefois noter que le pays n’a pas encore tiré pleinement profit de son potentiel pour parvenir à une croissance durable et inclusive, a constaté le nouveau mémorandum économique du Togo publié le 23 juin à Lomé par la Banque mondiale en marge des journées portes ouvertes sur cette institution bancaire.

Il ressort de cette étude intitulée « A la recherche d’une croissance durable et inclusive » que le pays fait face à trois contraintes clés qui ne favorisent pas une croissance durable et inclusive. La faiblesse de la productivité agricole, les possibilités économiques inexploitées des villes et le manque de compétitivité des échanges et la participation limitée aux chaînes de valeur mondiale, sont des contraintes majeures du pays dans son ambition déclinée dans la feuille de route gouvernementale 2020-2025.

Ce mémorandum produit en collaboration avec le secrétariat permanent sur le suivi des politiques de réformes et des programmes financiers aborde des thématiques comme « comment expliquer les résultats obtenus en matière de croissance », « amélioration de la productivité agricole et accélération du processus de transformation structurelle ». Il traite également d’autres thématiques telles que « redonner aux villes leur pourvoir économique », « stimuler la croissance des exportations grâce à la diversification de l’activité économique » et « reconstruire mieux et durablement après la pandémie de Covid 19 ».

Augmenter la productivité agricole

« Les stratégies formulées au cours des dernières décennies par le Togo pour assurer la croissance du secteur agricole n’ont pas produit les résultats escomptés », a relevé cette étude dont l’auteur principal est M. Urbain Thierry Yogo, économiste principal à la Banque mondiale. Le secteur agricole emploie 40% de la main d’œuvre et contribue à près de 30% au PIB avec un nombre d’agriculteurs estimé à 39% de la population.

Selon les experts de la Banque, l’amélioration de la productivité agricole est essentielle à l’accroissement de la productivité du travail et à l’accélération des transformations structurelles. Ces experts préconisent un accroissement des dépenses affectées au secteur agricole et l’amélioration de l’efficacité des emplois en affectant des ressources supplémentaires à la recherche agricole.

L’étude met l’accent sur trois séries de recommandations pour assurer la croissance agricole notamment « constituer d’importantes capacités pour investir davantage et mieux dans la croissance agricole », « investir plus et mieux pour accroitre l’efficience technique et allocative dans les exploitations agricoles existantes et à venir » et « soutenir plus efficacement le développement des entreprises agricoles ».

« Comme les efforts fournis ces dernières années dans le secteur agricole ont produit des résultats mitigés, le Togo devra adopter de nouvelles approches pour assurer une croissance agricole plus forte et accélérer son processus de transformation structurelle », a indiqué M. Yago.

Exploiter les possibilités économiques des villes

L’étude mentionne que le potentiel de croissance des villes du Togo reste peu exploité alors que l’urbanisation peut stimuler la croissance économique. Le rapport note que le Togo a des difficultés à tirer parti de son urbanisation et pour arriver, il importe de mener des actions de planification, de connexion et de financement concertées à tous les niveaux des administrations publiques. « Les villes togolaises souffrent d’une piètre connectivité, de surpeuplement, d’un piètre accès aux infrastructures sociales et numériques et d’un coût de la vie élevée », a relevé le rapport. Tous ces problèmes deviennent récurrents, poursuit le rapport et « leur persistance décourage les investissements privés ».

Les possibilités de croissance des villes togolaises se résument en trois catégories notamment la connectivité, le financement et la planification. Les experts proposent une série de mesures, entre autres, améliorer des routes reliant les villes comme Kara ou Kpalimé aux frontières avec les pays voisins, assurer l’opérationnalisation complète du guichet unique à la frontière avec le Burkina Faso, continuer la professionnalisation du secteur des transports par camion et règlementer l’organisation des services de taxi-motos urbains. Le rapport suggère également de donner la priorité au financement de logements abordables pour les résidents ayant les revenus les plus faibles, accélérer le processus de décentralisation budgétaire au profit des communes, moderniser les procédures et les systèmes utilisés pour les processus de base liée aux terres comme la régularisation foncière.

Accroitre la compétitivité des échanges

« La croissance économique du Togo ne pourra pas durer à moins que les autorités publiques ne soutiennent systématiquement la diversification des exportations en favorisant l’intégration du pays dans les échanges régionaux, en facilitant le commerce et en élargissant l’accès aux marchés », a mentionné le rapport. Le passage à l’exportation est une nécessité et parmi les secteurs prometteurs figurent l’exportation de produits finis ou de produits incorporant une plus grande valeur ajoutée intérieure comme les machines et les produits électroniques, les textiles et les transports.

Le pays devra adopter une stratégie suivant plusieurs axes pour pouvoir mieux s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales. Il urge alors de procéder à des réformes intérieures pour surmonter les défis notamment l’application du tarif extérieur commun de la CEDEAO et de l’UEMOA. La lourdeur des procédures aux frontières, le manque d’accès à des débouchés, l’insuffisance de la coordination et la sous-utilisation de l’accès préférentiel au marché accordé par l’Union européenne et les Etats-Unis, les carences des infrastructures sont, entre autres, obstacles au commerce. Il est alors nécessaire d’établir un cadre incitatif pour appuyer la diversification des activités économiques et booster le commerce.

Trois recommandations pour une croissance inclusive

La Banque mondiale formule trois recommandations pour permettre au Togo de jeter les bases d’une croissance durable et inclusive. Ces recommandations concernent l’amélioration de la productivité agricole pour l’accroissement de la productivité du travail et l’accélération de la transformation structurelle. Les autres axes à travailler sont relatifs à l’exploitation des possibilités économiques d’offre l’urbanisation et renforcer la compétitivité dans le domaine des échanges, en diversifiant ses produits et ses partenaires.

Le ministre de l’Economie et des Finances, Sani Yaya, paneliste à la conférence sur le mémorandum économique pays, a partagé les analyses de la Banque et les défis dont la mise en œuvre permettra de répondre aux préoccupations des populations. Il a relevé que certains points sont déjà traduits dans la feuille de route gouvernementale et les efforts seront consentis davantage pour une croissance durable et inclusive.

« Nous avons fait des progrès, certes ! Mais des défis persistent, aggravés par une combinaison de crises », a fait remarquer Mme Coralie Gevers, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire et la Guinée. Elle s’est dite heureuse que le Togo continue « sa trajectoire ascendante et déploie des efforts pour relever ces défis ».

Le Togo, un pays avec une économie de petite taille, d’après l’avis des experts, peut saisir les possibilités d’exploitation du potentiel de son agriculture, de ses villes et de son commerce pour stimuler la croissance économique.

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