Dossier/ Tourisme et hôtellerie : Sauver l’hôtel Bassar dans un état de délabrement avancé

Le développement du secteur touristique au Togo, quelques années après son indépendance, a amené les dirigeants d’alors à prendre des initiatives en construisant, à travers tout le territoire, des structures hôtelières  pour accueillir les nombreux touristes qui venaient de tous les coins du monde pour découvrir le pays dans ses profondeurs. L’hôtel Bassar fait partie de ses structures  que l’Etat togolais a mis à la disposition du ministère  en charge de la Culture et du Tourisme au cours de la période du « boom phosphatier» dans les années 70-74 pour faire face au flux touristique dans cette  région du Grand Bassar  reconnue pour ses nombreux sites touristiques. Son état de délabrement avancé aujourd’hui interpelle plus d’un.

Inauguré le 02 févier 1974, l’hôtel Bassar a connu ses jours de gloire entre 1974 et 1990. Il  est aujourd’hui dans un état de délabrement avancé avec un taux de fréquentation d’à peine 0,5%. Pourtant il emploie toujours un personnel et demeure un atout pour le développement touristique eu égard à sa situation géographique.

                                         Situation géographique de l’hôtel Bassar

 Perché en hauteur du flanc du mont Barba-Bassar,  l’hôtel Bassar est  enveloppé dans une forêt faite de teck, de nem, de  manguiers  et de quelques rares autres  espèces végétales.  Situé à environ quatre cent (400) mètre du côté sud de la nouvelle maire, il offre une vue panoramique sur la ville de  Bassar. D’une capacité d’accueil de dix chambres, il est doté d’un bar, d’un bloc central  avec un bureau du directeur et du caissier, d’une cuisine  et d’une restauration  avec un réfectoire  d’une capacité de vingt places, ainsi que d’une boîte de nuit.  Avec sa vaste cour bien arborée, l’hôtel  constitue un site touristique du milieu vu sa position géographique  avec une végétation verdoyante où l’on peut respirer de l’air pur  naturel.

                                              Etat de délabrement de la structure

L’hôtel Bassar le tout premier hôtel de la région du Grand Bassar (préfectures de Bassar et de Dankpen), une structure qui  servait de cadre pour de grandes rencontres ou manifestions culturelles et faisait la fierté du peuple Bassar. Il se trouve aujourd’hui dans un état de délabrement très avancé avec une restauration quasi inexistante. Cet hôtel souffre de la vétusté de ses chambres et  de toutes ses  installations (sanitaires, literies, matériels de cuisine et de restauration). Les bureaux, magasin, cuisine,  réfectoire,  le logement du directeur, le bar et autres locaux sont  très délabrés. Le pire arriva en 2017 avec un incendie dû à un court-circuit électrique survenu un après-midi d’un mercredi 08 février et qui a consumé une bonne partie du bloc principal. Presque tous les documents d’archive sont partis en fumés dans cet incendie. Le matériel de cuisine, de restauration, de blanchissement, de buanderie lui aussi parti en fumée.

La rue menant à l’hôtel qui était couverte de béton armée à la construction de la structure est devenue aujourd’hui  pratiquement impraticable. Elle souffre de beaucoup d’érosion depuis que la couverture en béton armé est partie. Elle souffre également  d’insalubrité notoire  causée par la population riveraine qui a trouvé le luxe de créer en bordure  de cette rue à l’entrée de l’hôtel un dépotoir sauvage  empirant les difficultés d’accès à l’hôtel. Des ordures de tout genre, des défécations humaines et animales  jonchent la rue dégageant des odeurs nauséabondes qui attirent les mouches et les insectes de tout genre. Tout ceci met mal à l’aise les visiteurs au grand dam du service de la voirie municipale  et du personnel de l’hôtel, impuissant devant la situation. Le site lui-même  sans clôture est devenu un lieu de repos ou de refuge des animaux domestiques, lieu de promenade incontrôlée de certaines personnes parfois d’origine douteuse, endroit de prédilection pour d’autres qui y vont souvent pour déféquer voir consommer de la drogue.

                                                        Nécessité de réhabiliter l’hôtel

Toute la population de Bassar et de ses environs et surtout les natifs du milieu sont très enthousiasmés au sujet de la réhabilitation de leur hôtel. Ils trouvent que la  réhabilitation de l’hôtel s’avère très importante voir une impérieuse nécessité afin que cet hôtel retrouve sa situation d’antan pour le bonheur des  habitants tout comme des visiteurs.

La réhabilitation de cet hôtel préoccupe aussi le ministre actuel de la culture et du tourisme, Dr Kossi Lamadokou. Sur instruction personnelle du chef de l’Etat, le ministre Lamadokou multiplie les actions dans ce sens. C’est ainsi qu’il a nommé par arrêté No 017/MCT/SG/DAAF pris  le 1er juillet 2021, un directeur  à la tête de l’hôtel Bassar en la personne de M. Amona Massabalo avec un cahier de charge  bien défini et contenu dans un document appelé « Contrat d’ objectif No 426/2021/MCT/CE ». Ces initiatives dénotent de la volonté du gouvernement de rentabiliser les structures hôtelières afin qu’elles participent au développement économique en général et à l’épanouissement des employés en particulier.

Le contrat fixe les objectifs à atteindre par la direction de l’hôtel Bassar dans l’accomplissement de ses missions pour la période de juillet à décembre 2021. Il définit  en contrepartie les moyens nécessaires à mettre à la disposition de la direction pour l’atteinte des objectifs.

Dans ce contrat, le nouveau directeur de l’hôtel Bassar s’engage à élaborer et présenter à son ministre de tutelle les plans d’action à mettre en œuvre pour la promotion de l’hôtel. Il est question de mettre en place un plan commercial et marketing pour rentabiliser l’hôtel et de mettre en application la décision portant amélioration des conditions de vie et de travail des employés. D’autres aspects du contrat concernent la réhabilitation de l’infrastructure hôtelière (forages, entretien du site, badigeon, etc.) ; des discussions avec la  Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) pour régulariser la situation du personnel ;  l’inventaire du matériel et équipements à déclasser et le suivi du dossier relatif à l’imposition de l’Office Togolais des Recettes (OTR).

Le ministre de la Culture et du Tourisme valide les objectifs assigné à la  direction de l’hôtel et s’engage, de son coté, à favoriser toute mesure d’ordre administratif, organisationnel et ou juridique facilitant l’accomplissement des missions confiées à la direction de l’hôtel, favoriser l’entraide financière entre hôtels pour la réalisation des travaux de réaménagement de l’hôtel Bassar.

Suite à la signature de ce contrat le 03 août 2021 au cabinet de son ministère, le directeur de l’hôtel Bassar, Amona Massabalo s’est rapidement mis au travail en élaborant et soumettant aussitôt un plan  d’action à sa hiérarchie. « Dans le plan d’action, plusieurs actions à mener en vue de  la promotion de l’hôtel sont  relevées, entre autres,  effectuer des recherches sur l’hôtel et son milieu par des enquêtas, des observations en vue d’ un diagnostic pour en ressortir les atouts et défis à affronter, mettre en place des documents de vente dans chaque points de vente conformément aux recommandations de la Direction de la Réglementation de l’ Inspection et du Contrôle des Etablissements Hôteliers et Bars (DRICEHB) », a souligné le nouveau directeur. Il évoque également la mise en place des produits qui peuvent intéresser la clientèle en termes de gastronomie avec des prix raisonnables, la création d’un cadre spécial et attrayant en réhabilitant les chambres, reconstruisant  le bloc administratif avec tous ses compartiments et la dotation de l’hôtel de deux salles de conférences. Augmenter la capacité d’accueil en construisant quelques chambres en plus, établir un circuit touristique et un cadre de loisir au sein de l’hôtel sont des innovations prises en compte dans le plan de réhabilitation.

  1. Amona a aussi proposé un projet intitulé « Projet d’organisation des randonnées touristiques dans la ville de Bassar : L’ascension du mont Barba-Bassar de novembre à mai de chaque année ». Son objectif global est de redynamiser les activités socioculturelles de Bassar. Il s’agit aussi de créer un cadre touristique permanent autour du mont Barba-Bassar pour attirer l’attention des touristes qui viendront solliciter les services de l’hôtel qui verra ses recettes accroître considérablement.

Le chef du canton de Bassar, yawanké- Waké Bitémi Djintidja II et le directeur de l’hôtel   encouragent l’Etat à s’investir davantage pour trouver les moyens nécessaires pour la réhabilitation de l’hôtel Bassar afin qu’il retrouve ses lettres de noblesse. Ils lancent un appel à toutes les bonnes volontés à accompagner l’Etat dans cette réhabilitation de l’hôtel.

Par Fidèle PINIZI

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