Banane douce, une culture de l’Akebou à revaloriser

Banane douce, une culture de l’Akebou à revaloriser

Par Prince Makassa

 

Apprécié par la majorité des voyageurs, enfants, jeunes, adultes et vieillards au Togo, la banane douce est l’un des fruits les plus appréciés. Sa production représente plus de 110 millions de tonnes par an dans le monde, ce qui fait de ce fruit, l’un des plus consommés au monde. Selon les statistiques L’Inde est le 1er producteur mondial de bananes devant la chine, les Philippines et d’Indonésie. En Afrique, parmi les pays producteurs notamment le Cameroun, l’Angola, le Ghana et le Togo, c’est la Côte d’Ivoire qui tient la tête avec près de 450.000 tonnes de bananes en 2019. La banane est le premier fruit exporté en termes d’échanges internationaux. En période de jeûnes du Ramadan, son prix augmente exponentiellement sur le marché de fruits, à cause de sa teneur en calories, vitamines, et en sels minéraux indispensables à l’équilibre, à la croissance et aux bons fonctionnements de l’organisme humain.

Au Togo, la zone qui répond aux exigences de la culture de la banane douce, est la zone-ouest de la région des Plateaux. Parmi les préfectures productrices figure en bonne place, on y retrouve l’Akébou avec son couvert végétal dense. Elle bénéficie d’une pluviométrie supérieure 1500 millilitre par année, selon les statistiques de la direction régionale de la Météo des Plateaux. Cette préfecture est l’une des localités du pays qui ravitaille la plupart des villes du Togo surtout la capitale Lomé en banane douce. Pour ce faire, certaines femmes, se sont spécialisées dans le commerce de ce fruit.

Chaque jour du marché de la ville de Kougnohou, surtout la période allant du mois d’août à décembre, environ 40 à 55 tonnes de banane sortent de la préfecture à destination des autres localités du pays. Les femmes revendeuses arrivent de partout la veille du marché, achètent et convoient leurs marchandises par tricycles, taxis, bus ou camions. Certaines dames, arrivent plus tôt, vont directement dans les hameaux, fermes et villages les plus reculés pour s’approvisionner directement dans les champs. Cette pratique fait que, ce fruit est rare sur les étalages des fruits mûrs à consommer dans la préfecture de l’Akébou, malgré la production massive dans la localité. Consommé à tout moment dès que l’on a envie partout sur l’étendue du territoire, la production et la commercialisation de la banane restent un parcours de combattant depuis la pépinière, le semi, l’entretien et la récolte.

 

Production des boutures

La banane douce n’a pas de graines, elle se multiplie par boutures. Ainsi pour faire un champ de bananiers, selon les explications du président des pépiniéristes de Kougnohou, Gnassingbé Aklesso, il faut tout d’abord sélectionner la variété à produire, et faire sa pépinière. Pour réaliser cette pépinière, il faut disposer de rejets de bananiers. Ils doivent êtres bien laver avec l’eau propre, pelés et taillé en technique ‘’Pif’’. Il faut les traumatiser et les mettre dans une solution chimique (fongicide, K-optima, Banko+ et des hormones de racinement). Ce passage obligatoire des rejets traumatisés à la solution chimique est capital, car elle permet de désinfecter et augmenter la multiplication des boutures dans de bonnes conditions. Suite à ce processus, on obtient des explants que l’on dépose à l’ombre pendant 24 heures puis dans des fosses contenant des sciures de bois sec pendant 72 heures. C’est après ces 72 heures qu’il faut arroser abondamment les rejets traités et traumatisés (explants) chaque jour jusqu’à ce qu’ils ne pourrissent complètement. Chaque explant donne en moyenne 20 à 30 boutures robustes et fiables. A partir du 15ème jour de l’arrosage, on peut récolter, chaque 7 jours, les boutures sur les explants.  « Les boutures récoltées sont mis en pot et arrosé régulièrement pendant 90 jours afin qu’ils poussent normalement des racines avant de les acheminer pour les plantations », a indiqué le président des pépiniéristes.

 

La culture proprement dite

Selon les spécialistes, une plantation de bananiers, exige une pluviométrie supérieure ou égale 1500 millilitre d’eau par année, un terrain de faible pente et d’accès facile. Le terrain doit être,  ferralitique, riche en matières organiques, en sels minéraux et bien drainé. Il doit être aussi à l’abri des vents forts. Les terrains souvent inondables, mal aérés ou compacts ne sont pas favorables. Après le choix technique du terrain, le paysan passe au défrichage, au piquetage et au creusage des trous en fonction de son schéma cultural. La majorité des variétés traditionnelles atteignent leurs maturités entre 10 et 18 mois, après le semi et l’entretenu. Pour une bonne rentabilité, il faut faire au moins trois entretiens par année. Il faut aussi faire un pare-feu pour éviter la destruction de la plantation par les feux de végétations en saison sèche.

 

Les schémas culturaux

Il y a trois schémas culturaux à savoir la culture unique, associée et avec des cultures vivrières. Pour une culture associée, le schéma cultural est de 4×4 mètres et le nombre de plants par hectare est environ 525 pieds. Si le champ est uniquement dédié à cette culture, le schéma cultural est 3×2 mètres avec 1666 pieds par hectare. Et enfin si les bananiers sont associés aux cultures vivrières, le schéma cultural 4×2 mètres avec 1250 plants par hectare. Le respect de ces schémas culturaux, des exigences de terrains et aux conditions climatiques favorables permettent d’avoir un rendement moyen de 25 tonnes à l’hectare par an. « Lorsque la plantation est bien entretenue, (c’est-à-dire 3 fois par an) au bout 10 à 18 mois après le semi, on peut commencer la récolte et la commercialisation des régimes », a indiqué l’ingénieur de travaux agronomiques Kponton Ahlonko Onesime.

 

Un fruit riche avec une production toujours traditionnelle

Le directeur préfectoral de l’Agriculture, Kombaté Damintote a relevé que, dans 100g de bananes mûres, on trouve 90,5 kilo calories ; 1,02g de protéine ; 19,7g de glucide ; 0,5g de lipide et de 74,9g d’eau. Outre ces éléments nutritifs, on retrouve des vitamines comme la vitamine C ; B6 et B9. On n’y trouve également le magnésium, le potassium, une infime proportion de fer, de cuivre et de phosphore comme sels minéraux. Pour lui, chaque vendredi, jour du marché de Kougnohou, 45 à 60 tonnes de bananes douces sortent de la préfecture de l’Akébou. Ces tonnes qui sortent de la localité sont des productions traditionnelles au bord des cours d’eau et dans des champs mixtes de café, de cacao et de cultures vivrières. « Nous nous attelons par des sensibilisations pour qu’il y ait, dans les années avenir, de grandes plantations de ce fruit et de bananes Plantin dans la localité », a-t-il dit. Malgré cette production massive de la banane douce dans la préfecture de l’Akébou, les populations urbaines, ont du mal à jouir de ce privilège d’être à proximité de la zone de production et de le consommer à satiété.

 

Un fruit rare à Kougnohou

« Il nous arrive de manquer de la banane à la maison. C’est paradoxal que notre localité approvisionne les autres milieux du pays en bananes et nous en manquons », affirme le préfet de l’Akébou, Yovo Koffi-Kuma. Ceci s’explique par la loi de l’offre et la demande sur le marché. La demande est forte mais l’offre est limitée. La plupart des paysans de la localité n’ont pas des plantations de bananeraie en tant que telle. Ils le font en culture mixte associé aux cultures vivrières et c’est de rare fois qu’on peut trouver 50 à 100 pieds par hectare. « Pour faire des cadeaux à mes amis et aux connaissances, je passe, parfois, un mois de commande avant de trouver ; si un collègue m’en fait la demande, je l’explique les difficultés, s’il est partant, je lance la commande et après 3 à 4 semaines, il est satisfait », a-t-il dit.

Joseph Anonénè, un chauffeur de taxi brousse renchérit : « Lorsque je parcourais toute la préfecture de l’Akébou avec ma voiture, il y a de cela une douzaine d’années, les paysans pour des services rendus, nous offraient gratuitement des présents y compris les bananes douces. A cette époque, des régimes de bananes mûrissaient dans les champs. Mais aujourd’hui, même les oiseaux des champs ne peuvent pas s’offrir ce luxe de grignoter une banane mûr sur une plante. Lorsque nos connaissances nous font des commandes, il nous arrive de ne pas honorer nos engagements ; car certaines bonnes femmes, surtout celles de Lomé, vont jusqu’acheter le fruit sur les plantes, avant maturation. Présentement je ne peux pas faire un cadeau de bananes à une tierces personne en comptant sur l’approvisionnement au marché », a-t-il déclaré.

 

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