Afrique de l’ouest : la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme mise a mal par le covid-19

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Afrique de l’ouest : la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme mise a mal par le covid-19

Par  Fousséni Tchassanté

 Lomé, 10 août (ATOP) – Le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ont été depuis longtemps une préoccupation pour les dirigeants du monde entier. En réponse au phénomène, les chefs d’Etats et de gouvernement du G-7 ont créé à Paris en 1989 le Groupe d’Action Financière (GAFI). En Afrique de l’Ouest, les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO faisant écho à la mobilisation internationale sur la question, ont créé en 2000, le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA). Alors que différentes mesures et stratégies sont mises en œuvre pour juguler le mal, la pandémie du Covid-19 vient émousser les ardeurs.

Le terrorisme, en Afrique ou ailleurs dans le monde, est financé par des criminels à partir des fonds issues généralement du blanchiment de capitaux. L’Afrique en particulier paye le lourd tribut du BC/FT. Au moins 22 pays africains ont été victimes des attaques terroristes. La situation sécuritaire devient plus préoccupante avec l’entrée en jeu de nouveaux acteurs aussi puissants les uns que les autres. L’Etat islamique et ses démembrements sévissent en Afrique du nord tout comme Al Qaida et Boko Haram en Afrique de l’ouest et Al Shabaab dans la Corne de l’Afrique.

L’Afrique de l’ouest qui a vécu une longue période d’accalmie, deviendra à partir de 2011, après la chute du leader libyen Mouammar Kadhafi, l’épicentre des attaques terroristes. Le  Nigéria, le Mali, le Niger, le Burkina Faso sont constamment victimes des crimes organisés plongeant ces pays dans l’insécurité et dans la précarité. D’autres pays comme la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Togo, le Bénin ou encore le Ghana sont sous la menace permanente.

Face à la montée vertigineuse de la criminalité, tous les pays africains se sont engagés dans une lutte sans faille contre le BC/FT à travers des projets d’envergure régionale ou internationale. Les différents efforts, malheureusement, seront mis à mal par la pandémie du Covid-19. Certains pays dont les ressources sont faibles ont réaffecté les fonds destinés à la LBC/FT à des opérations liées au Covid-19 ou suspendu leurs activités. La nouvelle hiérarchisation des priorités par les gouvernements a entrainé, par ailleurs, une réaffectation des ressources habituellement consacrées aux activités de LBC/FT à d’autres enjeux, tels que la stabilité financière, les initiatives humanitaires et les opérations de relance économique.

Le blanchiment de capitaux lié au covid-19

La pandémie du Covid-19 semble profiter aux criminels. Réunis à Lomé le 20 mai 2021 à l’occasion de la 35ème  réunion plénière de la commission technique du GIABA, le directeur général de cette institution sous régionale, Kimélabalou Aba avait alerté sur la question. « La pandémie de la Covid-19 semble profiter aux criminels au vu de l’émergence de nouvelles menaces de BC/FT et de la montée en puissance des activités cybercriminelles au moment où les parties prenantes nationales de la LBC/FT, surtout les CRF voient leurs ressources financières se réduire en raison de la priorité donnée au secteur sanitaire », avait-il dit. M. Aba avait appelé à mener des réflexions approfondies en vue de trouver des approches de solutions adéquates et permettre aux parties prenantes de continuer à lutter efficacement contre le BC/FT.

De son côté, le GAFI, dans un document établi sur la base d’informations transmises les 7 et 23 avril au Réseau Mondial de l’institution, souligne que la pandémie de Covid-19 a engendré des défis et des troubles économiques sans précédent dans le monde entier. Selon le document, la pandémie a également conduit à une intensification de la criminalité liée au Covid-19, notamment la fraude, la cybercriminalité, le détournement ou l’exploitation de fonds publics ou de l’aide financière internationale, qui se traduit par de nouvelles sources de financement pour les criminels. « Le monde entier concentre ses efforts sur la réponse à apporter à la pandémie de Covid-19. Cela affecte la capacité des gouvernements et des acteurs du secteur privé à s’acquitter de leurs obligations en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), qui s’étendent de la surveillance à la coopération internationale en passant par la réglementation, la réforme politique et la déclaration des opérations suspectes », relève le texte.

Les flux financiers illicites, le terrorisme et le Covid-19

Les flux financiers illicites sont des échanges transfrontaliers de valeur monétaires ou autre, illégalement perçue, transférée ou employée. Dans son rapport 2020 sur le développement en Afrique, la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) relève que les flux financiers illicites coûtent aux pays africains une cinquantaine de milliards de dollars par an. Ce fonds est bien plus que l’aide au développement que le continent reçoit chaque année. Pendant ce temps, l’ONU estime que les pays africains devront réunir au moins 200 milliards de dollars pour faire face aux coûts économiques de la pandémie du Covid-19.

Selon le même rapport qui sera lancé en septembre, la lutte contre la fuite des capitaux et les flux financiers illicites en Afrique pourraient générer des fonds pour répondre à la crise du Covid-19 sur le continent. Le Secrétaire général du CNUCED, Mukhisa Kituyi est claire sur la question. « Les conséquences économiques de ce flux constituent un enjeu de taille pour le développement dans le monde entier, encore plus dans les pays africains, dont les perspectives de développement durable reposent essentiellement sur la réalisation d’investissements massifs», a-t-il affirmé.

Cette hémorragie financière provoquée par les flux illicites prive le trésor public africain de ressources nécessaires au financement du développement et des programmes comme la LCB/FT, le Covid-19, l’éducation, entres autres.

Des mesures et stratégies fortes à adopter

Des Etats déjà affaiblis par le terrorisme pourraient l’être davantage avec le Covid-19, et les groupes djihadistes, profiter de cette faiblesse pour conduire de nouvelles offensives. Il est donc important que des mesures et stratégies fortes soient mises en œuvre pour éviter le naufrage des pays africains. « Face à la perspicacité et à la sagacité des criminels, tous les acteurs doivent tant au niveau national, régional qu’international, faire non seulement preuve d’innovation et de créativité dans la recherche des voies et moyens pouvant endiguer le terrorisme, mais aussi mutualiser et coordonner les efforts en vue de riposter efficacement contre les menaces de BC/FT », avait lancé le directeur général du GIABA à Lomé.

D’autres acteurs comme le GAFI proposent le renforcement de la Coordination nationale aux fins de l’évaluation de l’impact du COVID-19 sur les risques et systèmes de LBC/FT ; une communication renforcée avec le secteur privé ; l’encouragement de l’adoption générale d’une approche fondée sur les risques concernant le devoir de vigilance relatif à la clientèle et le soutien des modes de paiement électroniques et numériques.

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